Jeudi 1 mars 2007 4 01 /03 /2007 10:27
 

 
Introduction

Vous, mes parents, mes juges.
Chaque personne ayant vécu l’inceste, la pédophilie, les violences conjugales, les violences morales et verbales a le droit d’être victime. Vous mes parents, mes juges, vous m’avez toujours jugée comme une affabulatrice, comme une personne si peu crédible, la honte de la famille. Pourtant, je suis victime. Oui Papa et Maman, je suis victime aussi bien de votre fils, que du pédophile, victime aussi de cet homme violent qui a été pendant un certain temps mon mari. Mais, en premier lieu, je suis victime de vous, de votre comportement, de votre éducation, de votre rigidité, de votre croyance exacerbée en Dieu. Dieu, qui aurait aimé voir notre monde ici bas plus paisible, plus chaleureux, plus aimant, en commençant par les familles. Il faudra peut-être reprendre la Bible et la relire complètement, votre Dieu en qui vous croyez tellement n’a jamais ordonné de punir votre enfant pour ce qu’il n’a pas fait, il ne vous a jamais demandé non plus d’ignorer ses souffrances. Papa et Maman, l’être suprême que vous adorez et que vous priez si souvent existe peut-être, les chrétiens le nomment Satan! Le vrai Dieu, comme je l’ai appris autrefois, ne veut que du bien, de la justice, de la compréhension et de l’amour, contrairement à vous.
 
Je voudrais vous expliquer une dernière fois, par cette longue lettre qui vous est adressée, que vous devez me croire quand je vous dis que j’ai enfin le droit d’être victime. Une victime à part entière et sans réserve, Papa et Maman je suis une
 VICTIME. 
Promotion du livre
 
L'inceste peut détruire toute une vie, une victime de pédophilie restera souvent meurtrie pour toujours, celle qui a vécu la violence conjugale peut mettre des années pour se reconstruire. Ajoutez encore, l'alcoolisme (dont je suis sortie), le harcèlement moral au travail. Voilà comment je pourrais résumer ma vie. Détruite à plusieurs reprises, comment survivre? Pourtant c'est ce que je veux, je me bats pour cela aujourd'hui, mon objectif, peut-être impossible, est de réapprendre à vivre au lieu de survivre, même si une thérapeute m'a récemment dit que je mettais la barre trop haute. L'inceste qui a marqué ma vie à jamais est encore mal connu car il concerne un frère et sa sœur. Une vie où même mes parents, des riches notables de bonne famille, n'ont rien fait pour m'aider à m'en sortir. Pire, C'est sous l'insistance de plusieurs personnes (dont un journaliste qui a déjà écrit plusieurs livres) qui ont lu ce récit et l'ont trouvé bouleversant que je me décide aujourd'hui à vous écrire.
 
Je suis née dans une famille, des parents riches, parvenus, J'ai deux sœurs plus jeunes et trois frères. Comme souvent dans ces familles très catholiques, conservatrices et arrivistes à l'éducation très XIXème, seuls les garçons ont une véritable reconnaissance et par ce fait ont un énorme pouvoir sur les filles. Dans cet environnement où il est de mauvais ton de montrer ses émotions, le pire est arrivé. J'ai subi l'inceste et le viol par mon frère aîné, j'avais 8 ans (j'en ai 40 aujourd'hui) et cela a duré jusqu'à mes 13 ans. Mes parents qui disent n'avoir rien vu, ont "appris" cela longtemps après. Ils ne veulent rien entendre et estiment que cela ne les regarde pas. Mon frère aîné, Docteur en Histoire, Professeur d'université depuis peu est la gloire de la famille. Ensuite, j'ai vécu les agressions d'un pédophile, ami de la famille qui devait garder les enfants pendant l'absence des parents en voyage. Cela, je l'ai confié très vite. Mes parents ont continué à fréquenter cet homme, ce monstre. Ne voulant plus voir mon frère aîné, j'ai quitté mon pays (la Hollande) dès que j'en ai eu la possibilité, en me mariant à 23 ans avec un français. Je me suis installée près de Thionville. Là une autre histoire commençait, la violence conjugale. Mon ex-mari était extrêmement violent. J'en porte encore les traces et des séquelles aujourd'hui. Le plus grave est probablement une fausse couche à 5 mois, issue sans doute (mais cela n'a jamais été démontré) des coups reçus. Avec la rage de vouloir m'en sortir, j'accepte alors de divorcer. Mes parents désapprouvaient bien sûr, je devais continuer avec lui! Un bon chrétien ne divorce pas. Ensuite, malgré toute mon énergie, je craque et sombre dans l'alcoolisme. Mes parents m'enfoncent encore, l'occasion est trop bonne! Mais l'envie de me battre revient en force, je décide alors d'entamer une cure. Je me suis sortie de l'alcool il y a 7 ans et je n'ai jamais replongé. Plus question de retomber dans cet enfer de l'alcool et ceci quoi qu'il arrive. La famille de mon ex-mari a voulu, à l'époque, profiter de cela pour que je perde la garde de mon fils. Il y a eu une enquête sociale qui a reconnu mes capacités de "bonne mère", j'ai ainsi pu garder mon fils avec qui j'entretien aujourd'hui des rapports extraordinaires. Je me suis battue encore et encore, je suis aujourd'hui secrétaire quadrilingue de direction et j'ai exercé, comme beaucoup, plusieurs emplois avant d'avoir mon travail actuel. A chaque fois j'étais particulièrement appréciée, sauf pour mon emploi précédent où j'ai connu le harcèlement moral au travail. Là aussi je me suis battue et j'ai pu obtenir les excuses de mon employeur de l'époque.
 
Le plus difficile est de devoir accepter "l'abandon" de mes parents qui ne m'ont jamais soutenue. Au contraire, chaque occasion était bonne pour me dévalorisée, me rendre coupable de tout. Pendant des années j'ai réussi à vivre tant bien que mal, je me suis même remariée, jusqu'au jour où, il y a environ un an, un coup de téléphone de mes parents faisait tout basculer. J'étais sommée de participer à un repas de famille (le frère agresseur bien sûr y était). Ceci a provoqué une crise, qui, lors d'une visite de mes parents chez nous, s'est terminée par la mise à la porte de mon père et de ma mère. J'ai réussi à mettre mes parents à la porte de chez moi! Ceci a eu pour effet de soulever cette lourde chape que j'avais mise sur mon passé, tout revenait à la surface, il fallait gérer tout ce passé d'un coup. Dépression, envie de mourir et de vivre en même temps, puis, envie de se battre, se battre encore! Je viens de passer trois mois à Bérus en Allemagne pour en finir avec ce passé. Il s'agit d'une clinique (il semble que l'équivalent n'existe pas en France) qui traite des problèmes psychologiques (et non psychiatriques) par diverses thérapies. L'équipe était formidable et j'ai certes progressée, mais j'avais espéré réapprendre à vivre et non survivre. "Rêve" impossible compte tenu de la gravité des traumatismes selon les thérapeutes. 
 
Avant de partir pour Bérus, j'ai pu finir mon livre. Ce livre, je l'ai écrit aussi pour révéler une forme d'agression sexuelle mal connue qui est l'inceste entre frère et sœur. Mal connue, et pourtant probablement aussi fréquente que l'inceste parent-enfant. En plus et surtout, mon traumatisme se place surtout au niveau de mes parents qui sont les vrais responsables selon moi. Responsables par le refus de ce qui s'est passé au nom de l'image de marque de la famille, par l'absence d'amour, d'affection, d'écoute, de soutien, etc… Pour les enfants, les parents ont un rôle fondamental. Souvent les victimes de viols trouvent la clé de leur reconstruction par le jugement de leur bourreau. Ici, il y a prescription. Les seuls qui pourraient se substituer au juge sont les parents, surtout dans un inceste entre frère et sœur. Pour ma part, mes parents-juges ont d'une certaine façon prononcé leur verdict: le frère au dessus de tous soupçons (trop intelligent, trop parfait, trop bien réussi dans la vie pour ça), et la soeur coupable! 
 
 Difficile de combattre ce sentiment de culpabilité, qu'ont toutes ces victimes de viols, dans un cas pareil. C'est pour cela que j'ai décidé d'écrire dans le but aussi de traduire mon livre en néerlandais et de le distribuer en France et aussi aux Pays Bas (sans nommer personne à cause de la prescription). Pouvoir dire haut et fort ce qui s'est passé, un peu comme un procès qu'on aurait rouvert et où je serais seule à assurer ma défense. Pouvoir dire à ses parents indignes ce qu'ils n'ont jamais voulu entendre.. Ce livre est illustré par beaucoup d'exemples concrets et forts… souvent incroyables.
 
Début de l'inceste 
Dès mes huit ans, quand l’inceste a commencé, lui, mon bourreau, m’a volé mon enfance, ma liberté de découvrir la sexualité en temps et en heure. Lui, c'est mon "frère", votre fils. Il prenait plaisir à me dire que c’était pour me donner une bonne éducation sexuelle. Il estimait que je devais être moins ignorante sur les jeux de l'amour pour le jour où je rencontrerais un homme.
 
Notre jeu d’enfants a commencé un jour où j'étais vraiment malade. Pour le jeu, j'étais la malade et mon frère le docteur. Il m’auscultait et me disait qu’il fallait passer dans la salle de bain pour des prélèvements. Je l’ai suivi, contente qu’il joue avec moi, c’était tellement rare. Lui, le grand frère, intellectuel et tant aimé par les parents. Il m'ordonnait de me déshabiller et je devais me laisser faire. Il me touchait la poitrine où il n’y avait encore rien, et me disait: "c’est là que tu auras des seins dans quelques temps". J’ai eu peur et je ne voulais plus jouer. Je n’aimais pas ça, mais il insistait, je voulais m’en aller de la salle de bain. Il se mettait devant la porte et me faisait enlever ma culotte, je ne voulais pas. Je le menaçais de tout vous dire, Papa et Maman. Loin de l'inquiéter, cette menace avait pour effet de le faire sourire. Il me faisait comprendre, sûr de lui, que la confiance que vous lui portiez le rendait intouchable. Il n'avait qu'à nier, ses paroles seraient reçues sans la moindre réserve. Je n'avais aucune chance d'être entendue, je pense même que c'est moi qu'on aurait punie pour avoir osé raconter de telles calomnies. Je savais cela et n'avais donc aucun autre choix que d'accepter. Je sais aujourd'hui que j'avais raison d'avoir peur de tout avouer, car même à quarante ans, onze ans après vous avoir tout révélé, vous ne me croyez toujours pas. Mon frère aîné, lui, reste un véritable dieu dans la famille. 


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